Marc Roig Blesa et Rogier Delfos – 2017

Marc Roig Blesa et Rogier Delfos sont accueillis en résidence en juillet 2017 pour réaliser le projet Ecole de photographie populaire autour des notions de « travail et du non-travail » avec les habitants du Grand Saint-Barthélémy à Marseille.
La résidence est ponctuée de 3 ateliers de recherche et création, dont un auprès d’un groupe d’élèves du collège Edouard Manet, puis dans le cadre d’un chantier éducatif coordonné par l’ADDAP, et enfin avec un groupe de femmes membre de l’association Sheeba.
Ensemble, ils réaliseront une publication et son module de présentation – construit par les jeunes du chantier éducatif – visible lors du Salon Rebel Rebel #2 en octobre 2017.

Werker Collective: Werker 10 — Une école de photographie populaire

Werker Collective(1) ou Werker (travailleur en Néerlandais) est un projet editorial qui s’interroge sur la possibilité de formuler une représentation contemporaine du travail. Le projet prend son nom du mouvement de la Photographie ouvrière (1926–1939) pour mettre en perspective et actualiser leur méthodologie de travail basée sur l’auto-documentation, l’auto-édition, la critique de l’image et les pédagogies collectives.Le mouvement de la Photographie ouvrière rassemblait les premières associations de photographes amateurs à utiliser l’appareil comme un outil d’auto-représentation, contre la domination capitaliste des images dans la presse illustrée de l’époque. Cela a commencé après la révolution de 1917 en Russie par des travailleurs industriels qui avaient accès aux appareils photographiques dans les usines et se répandit à travers de l’Europe et les États-Unis. Dans chaque pays, le profil des photographes ouvriers était différent. Le mouvement rassemblait des chômeurs, des socialistes et des amateurs de la photographie.

Comme Terry Dennett écrit dans la première édition du journal Worker Photography — Towards a New Worker Film and Photo League (Londres, 1979), la Photographie ouvrière fait partie de “l’histoire cachée de la photographie”. Le travail de ces photographes pionniers dans la négation de la notion d’auteur, la critique de l’image médiatisée ou l’auto-répresentation des subalternes, est resté exclu trop souvent des livres d’histoire de la photographie. Ces derniers centrent en effet leurs récits sur cette époque autour de la Nouvelle vision, la Farm Security Administration. Et lorsqu’ils incluent la photographie amateur, elle l’est dans l’histoire du médium, à travers la figure de Jacques Henri Lartigue, le photographe de la belle vie bourgeoise.

Le point de départ du projet Werker Collective est étroitement lié à Photography / Politics: One, un annuaire de photographies édité à Londres en 1979 par Photography Workshop (collectif formé par Terry Dennett et Jo Spence). Grâce à l’effort de Terry Dennet, Jo Spence et ses collaborateurs, ce livre retrace les premières expériences de photographie militante dans la période d’entre deux-guerres et donne visibilité à cette “histoire cachée de la photographie” en publiant des récits du mouvement en Angleterre, l’Allemagne, les Pays-bas ou aux États-Unis. Dans une deuxième section de l’ouvrage, Left-Photography Today, cette tradition est mise en perspective avec les pratiques d’artistes contemporains comme Allan Sekula, Martha Rosler, Jo Spence, Victor Burgin entre autres.

Loin d’avoir une approche rhétorique du mouvement de la Photographie ouvrière, Werker Collective interroge les formes sous lesquelles le travail apparaît de nos jours, dans la société post-fordienne et comment il est représenté. Werker questionne aussi la possibilité de réactiver des pratiques collectives d’auto-représentation et le but d’une telle entreprise. Chaque édition de Werker est produite et distribuée dans un contexte différent, comme un musée, une école, un quartier, etc. en explorant ainsi diverses stratégies d’interaction avec des publics spécifiques.

Les neuf premières éditions de Werker Magazine adressent l’érotisation de l’image du travail, l’invisibilité du travail domestique, le travail informel ou le rapport entre photographie et révolution. De la même façon, ils explorent plusieurs formats d’auto-édition: fanzine, magazine, communauté en ligne, affiche, journal, t-shirt…

Werker 10 — École de photographie populaire est le projet développé à l’occasion de la résidence au FRAC PACA organisé par Laura Morsch-Kihn avec le soutien de la Fondation Logirem. Pendant ce mois de juillet 2017, Werker Collective travaille avec plusieurs groupes de voisins de la Busserine à Marseille pour faciliter une réflexion collective sur les formes et les problématiques (locales et globales) du travail contemporain: le travail des jeunes, la migration et la mobilité des travailleurs, les questions de genre liées au travail, l’invisibilité de certains types de travail (notamment le travail domestique naturalisé dans le rôle de la femme), la représentation du travail dans les médias…

Werker 10 est un projet en cours qui se déroule simultanément dans plusieurs géographies en activant des processus d’auto-representation avec différents groupes et milieux sociaux (étudiants, travailleurs, chercheurs, chômeurs…). Jusqu’à présent les partenaires du projet sont: FRAC PACA (Marseille), TENT (Rotterdam), Centro de Desarrollo de las Artes Visuales (Havane) l’Institut Supérieur des Beaux-Arts (Besançon), l’École Nationale des Beaux-Arts (Tétouan), The Showroom (Londres) et Centro de Arte 2 de Mayo (Móstoles). Werker 10 — École de photographie populaire emprunte son nom du North Paddington Community Darkroom (NPCD), un Photo-Club initié par Philip Wolmuth à Londres en 1976. Pendant plus de trente ans, le NPCD a activé des projets photographiques sensibles aux problématiques sociales des collectifs et organisations citoyennes de North Paddington (Le quartier où se trouve le centre d’art The Showroom, un des partenaires du projet). En 2010, le NPCD a cesse ses activités.

La tentative d’activer une expérience similaire aujourd’hui a comme dessein d’analyser le potentiel de l’image numérique et des nouvelles technologies dans ce type de pratique d’image, mais aussi de revendiquer le potentiel de l’espace physique de la rencontre afin d’activer des relations sociales et générer des regard critiques qui réflechissent sur notre société et les images qui la peuplent.

1 – Werker Collective est un projet en collaboration fondé par Marc Roig Blesa et Rogier Delfos à Amsterdam l’année 2009. www.werkermagazine.org

Biographie
Marc Roig Blesa est né en 1981 à Madrid. Il vit entre Amsterdam et
Barcelone et enseigne à la Gerrit Rietveld Academie à Amsterdam.
Rogier Delfos est né en 1981 à Amsterdam où il vit. Il est graphiste.
Marc Roig Blesa et Rogier Delfos produisent et éditent depuis 2009
Werker Magazine, une publication contextuelle impliquée dans
les enjeux sociaux à travers le travail et l’ « usage civil et collectif
de la photographie » fondée sur l’auto-représentation, l’auto-
publication et la critique de l’image. La forme de chaque numéro
est conçue en fonction du contexte dans lequel il est destiné à être diffusé.
 

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